PHILOSOPHIE APERITIVE
Socrate un jour, dit on, commença sa leçon
En vidant un bocal d’olives à la grecque.
Il le rempli d’abord de galets lisses et ronds
Apportés sur le champ par le fameux Sénèque
« Ce bocal est il plein, à présent mes amis ? »
A ses disciples assis, demanda t il alors.
Ceux ci, interloqués, bégayèrent que « oui »
Le maître en fut ravi ; il allait faire plus fort.
« Mettons-y ces graviers qui blessent nos genoux
La mer les a jetés cette nuit sur la plage.»
Les gravillons se glissent entre les gros cailloux
Emplissant chaque espace, ce qui comble le Sage.
« Ce bocal est il plein ? » La question tombe encore.
L’assistance fait : « Oui » avec plus d’assurance,
Elle opine du chef : « Vraiment il est très fort ! »
Que va-t-il se passer ? Le suspens est intense.
Le philosophe saisi du sable fin, doré
Et le verse à poignée dans le vase à ras bord.
La classe alors s’exclame sans être questionnée
« Oui, ce bocal est plein, pour cette fois encore »
« Voyez vous mes amis, cette amphore est votre âme.
Les Dieux et la patrie, la famille, les amis…
Sont à mettre en premier, la logique le clame.
Ce sont les gros cailloux qu’au tout début j’ai mis. »
« Les gravillons, le sable, sont choses moins aimables
Et chacune, à son tour, doit bien prendre sa place.
Les jeux, les beaux atours, les plaisirs de la table
Se mettent dans les creux, n’inversez pas, de grâce. »
« Si vous mettez en tête, le sable ou les graviers
Vous ne pourrez jamais y mettre les galets. »
Quand le Maître eut fini son brillant exposé
Les élèves attendaient pensifs et assoiffés.
L’un d’eux qui habitait au fond d’un tonneau vide
Sortit de la réserve, dans laquelle il vivait.
Une fiole à la main, contenant un liquide,
Ambré et odorant car c’était un extrait.
Versant dans le bocal ce nectar des dieux
Celui là fut rempli complètement alors.
La fragrance anisée s’éleva vers les cieux
Laissant au fond des yeux mille paillettes d’or.
Démosthène, c’était lui, ajouta aussitôt :
« Il y aura, toujours, place pour l’apéro ! »
Semetipsum
12/05/2005