L’ABEILLE ET L’ARAIGNÉE
Une araignée tissait sa toile
Plus fine et légère qu’un voile
De ceux que mettent au mariage
Les filles qui sont restées sages.
Une abeille, exténuée sans doute,
Vint à s’y prendre en cours de route.
Prise à ces rets et leur finesse
Elle pleurait sa maladresse.
L’araigne embusquée se tenait
Prête à saisir cet entremet.
Un gros bourdon au vol balourd
Faisait vibrer l’air alentour.
« Prenez pitié » disait l’abeille
« Car on m’attend chez mes pareilles ! »
« Soyez très sage » suçait l’araigne,
« Et souffrez donc que je vous saigne »
« Vous faites preuve, c’est déplorable
D’une ingratitude incroyable»
Grondait en sourdine le bourdon
Très habile en second violon.
« Vous devriez, à votre hôtesse,
Faire don de votre jeunesse
Au lieu de gémir sans arrêt
Sur votre sort dans ce filet »
Un doux zéphyr souffla alors
Poussant le balourd sans effort
Dedans les fils, si accueillants,
De l’octopode malfaisant.
Le hasard et parfois la chance
Sont les noms de la providence,
Qui fait justice à peu de frais
Des encenseurs et des parfaits…
Toujours prêts à vous faire aimer
L’injustice que vous subissez,
Qui, plutôt que de vous aider,
Participent à vous enfoncer.
08/05/07