LA GRENOUILLE ET LE SCORPION Dame grenouille, au bord de l’eau, prenait son bain. L’onde était fraîche et verdoyante. C’était, n’en doutez point, sous un soleil de juin Quand la chaleur est accablante.
Dans la plaine asséchée Par cette canicule, Un scorpion désœuvré Lorgnait les libellules.
Aucune ombre aux abords Qui put le protéger. Quoique, sur l’autre bord, A bien y regarder…
Un éclair de génie traversa son esprit. Traînant ses pinces grises et sa queue aiguisée, Activant ses huit pattes, la côte descendit Et jusqu’à la rivière il parvint, épuisé.
Le batracien paisible le voyant arriver Prit peur et sur le champ plongea en eau profonde « Ne crains rien, mon ami, lui dit l’arachnidé, Aide moi au contraire à traverser cette onde ».
- « Et comment le pourrais je ? » - « Portes moi sur ton dos !» - « Pour qu’ainsi tu abrèges Ma vie ? Ne soit point sot ! »
- « Réfléchis donc un peu, Reprit le venimeux, Je ne sais pas nager Voudrais-je me noyer ? »
Rassurée par ces mots d’une logique extrême La grenouille accepta, c’était la bonté même. La carapace affreuse s’agrippa sur son dos Et le branlant esquif s’élança sur les eaux.
Mais au milieux des flots, l’instinct reprit ses droits Et le dard acéré se planta dans la chair De la bénévolente et sensible commère, Faisant du même coup sombrer le maladroit.
Il est bien imprudent d’ignorer la nature De vouloir faire l’ange quand d’autres font la bête Et le prix à payer est toujours la blessure Et le prix a payer peut être la défaite.
06/07/2006 |