LE GASTEROPODE ET LA DROSOPHILE
Un escargot menu
Allait baveusement.
Sur un chemin connu
Il glissait lentement.
Ses yeux télescopiques,
Tels des bras accueillants,
Dessus son nerf optique
Tiraient gaillardement.
D’un flacon éthylique
Ouvert imprudemment,
Un moucheron étique
Sortit vibrionnant.
C’était la drosophile
Etudiée par la science.
(Non le sujet facile
Hôte des lieux d’aisance !)
Sûr de son intérêt, il se posa soudain
Sur un œil imbécile du mollusque mondain.
Lors l’animal cornu rétracta son organe
Et de son œil valide aperçu l’importun,
Sitôt il en conçut la conclusion insane
Que la mouche amoureuse lui demandait sa main.
A ce point de l’histoire il nous faut préciser
Que les gastéropodes sont gens très éclairés.
Portant bibliothèque sur leur unique pied,
Ils n’ont rien dans la tête et n’ont pour main qu’un pied.
Vinrent alors les débats et les questionnements,
Tels qu’en ont bien souvent les amateurs de mouches :
« Et comment vous ferai je un baiser sur la bouche
Au moment d’échanger nos deux consentements ? »
« Seront ils bien valides en telles circonstances ?
Le Code permet t-il de telles mésalliances ? »
Lassée de ce babil fort peu enthousiasmant,
La mouche prit son envol, et lui dit poliment :
« Mon cher gastéropode z'êtes trop compliqué
Votre science est certaine, mais quant à la pratique…
Vous devriez laisser tomber la rhétorique,
Prendre l’air en faisant un peu de gymnastique
Et briser la coquille où vous vous enfermez. »
Morale décalée :
Les escargots, dit on, sont tous hermaphrodites,
Ce qui n’est pas le cas de tous les sodomites.
De majeure en mineure concluons sans contraste :
Les enfileurs de mouches sont tous des pédérastes.